La démocratie au travail (3/3)

Les rapports de pouvoir dans les groupes communautaires et militants

S’il est plutôt facile de critiquer la classe politique et les grands acteurs économiques pour le déficit démocratique qu’ils contribuent à creuser, encore faut-il soi-même donner l’exemple et promouvoir des pratiques démocratiques dans le cadre de notre propre engagement professionnel ou militant.

Or, les groupes communautaires ou militants qui luttent contre la pauvreté et l’exclusion sociale, et qui prônent des valeurs d’égalité, de liberté, de solidarité et de justice sociale n’échappent pas, malgré leurs idéaux et leurs actions, aux rapports de pouvoir qui peuvent s’installer entre leurs membres.

En effet, un phénomène courant se produit dans les milieux tant professionnels que militants : certains individus sont spontanément plus à l’aise de prendre la parole dans un groupe et d’exercer un leadership qui, s’il canardne s’accompagne pas de méthodes inclusives et démocratiques, peut provoquer l’exclusion involontaire de certains membres, comme l’explique Charlotte Lambert dans son éditorial «L’exclusion « pas par exprès » !» publié sur ce blogue en décembre 2012.

C’est également le cas parmi les groupes militants radicaux (ex. : libertaires ou féministes radicales) qui partagent le souci d’appliquer dans leur mode organisationnel des principes qu’ils souhaitent voir étendre à l’ensemble de la société, tels que la démocratie directe, l’autogestion, la recherche de consensus dans la prise de décision et la décentralisation du pouvoir.

Comme le démontre Marie-Ève Quirion dans son mémoire intitulé : «Les rapports de pouvoir au sein des groupes militants radicaux», ces groupes ont beau s’opposer à tout rapport de domination et d’oppression, être contre le sexisme et le racisme, et pour l’égalité et le respect de la diversité, ils sont aussi confrontés, entre militants et militantes, à des relations inégalitaires sans que ce soit toujours conscient.

Des statuts particuliers ou des habiletés particulières peuvent être une source de rapports de pouvoir, par exemple l’âge, la scolarité, le revenu, le sexe, le genre, l’orientation sexuelle, l’origine ethnique, l’appartenance socioculturelle, l’expérience militante, les liens d’amitié entre certains membres, etc.

C’est pourquoi diverses techniques ont été développées pour mettre à jour et enrayer ces rapports de pouvoir, telles que le recours à une personne gardienne du senti collectif lors d’assemblées; l’alternance homme-femme lors de la prise de parole; les tours de table; l’instauration d’espaces de non-mixité pour les femmes; la transmission des savoirs; le partage des compétences; le partage des tâches en rotation; et des procédures d’intégration des nouveaux membres (Consultez à ce sujet la Fiche – démocratie et pouvoir du Carrefour de participation, ressourcement et formation).

La démocratie demeure un idéal jamais entièrement réalisable puisqu’elle constitue un processus perpétuellement inachevé. Elle exige une attention constante, sans quoi elle s’effrite. Cela est vrai autant à l’échelle des institutions municipales et gouvernementales qu’à l’échelle des entreprises, puis des groupes communautaires et militants qui tentent de la faire vivre au quotidien.

Des contradictions existeront toujours entre, d’une part, la théorie, les idéaux et les beaux discours, et, d’autre part, la pratique. Il est de notre responsabilité de déceler ces contradictions et de tenter de les dépasser.

Richard Perron

Pour lire ou relire les autres éditoriaux sur le thème de la démocratie au travail :

La démocratie au travail (1/3) | Pour une économie plus démocratique

La démocratie au travail (2/3) | L’autogestion et l’entreprise autogérée

Que la réflexion et l’échange d’idées se poursuivent ! Nous vous invitons à commenter ce texte et à le partager s’il vous a plu ou aidé.

On avait le goût de vous dire… !

UnknownDimanche après-midi 25 octobre 2015, l’école secondaire Calixa-Lavallée de Montréal-Nord vibre au son de pas légers qui glissent silencieusement vers l’auditorium. Les lumières se tamisent et nous, spectateurs et spectatrices, nous envolons, emportés que nous sommes par la simplicité de gestes et de propos. Le tout est acté avec force et modestie par les huit artisans et artisanes de la troupe de théâtre citoyenne Fleurs de macadam.

Entourés d’une douce volupté, nous nous faisons raconter, à l’aide de petits sketchs finement assemblés, la réalité quotidienne de personnes qui vivent pauvreté ou exclusion. Les portraits sont variés et nous sommes, uns à uns, unes à unes, interpellés par la puissance du verbe et des émotions.

Cette parole à huit voix prend toute sa résonance dans nos esprits qui entendent, ressentent et frémissent devant l’inéluctable vérité qui demande, au-delà d’être entendue, qui demande, au-delà d’être vécue, d’être réparée et jamais plus revécue.

Unknown-9À l’appel final, les lumières s’éteignent et les applaudissements fusent. Dans les échanges qui suivent, entre la troupe et nous, les contours d’une prochaine étape se dessinent. Une invitation se fait entendre à élargir la prise de parole et de passer de la parole à l’agir collectif.

La pauvreté et l’exclusion ne sont pas une fatalité ; certes ; elles n’en sont pas moins une réalité bien réelle qu’il faut dénoncer et combattre.

Jean-Marc Fontan

Photos, Louis Grenier

Une charte à nature excluante…

Encore des fractures artificielles pour alimenter l’exclusion…

Si nous portons notre regard plus loin que les positions discutables énoncées de part et d’autre : la grosseur des signes ostentatoires ; tout accepter ou ne rien accepter ; refuser la différence ou accepter toutes les propagandes avec ou sans symboles. Force est de constater qu’une fois de plus, pour des raisons partisanes, l’État incite aux divisions, aux fractures sociales…

Nous ne pensons pas qu’au PQ avec sa Charte des valeurs clairement conçue pour flatter « dans le bon sens du poil » une partie de la population. Nous pensons aussi au PLQ qui profite de cette plate forme en or pour fidéliser encore plus son électorat anglophone et allophone, pourtant gagné d’avance. La CAQ hésite fondamentalement pour les mêmes raisons : quelle position se doit-elle d’adopter afin de gagner des votes ? Nous pensons enfin aux partis fédéraux. De tous sans exception. Aucun ne se gêne pour attiser les divisions, peu importe les conséquences sur la population.

Certes, définir un ensemble de valeurs fondamentales et de principes moraux constitue un enjeu central pour la construction et l’adhésion à une identité tant nationale que sociétale. Imposer par le haut, au nom d’une laïcité meublée de références religieuses, des modalités d’accommodement et surtout ce qui relève de l’acceptable et surtout de l’inacceptable, est fortement questionnable.

Les bien pensants auraient pu ouvrir la question au débat, favoriser un dialogue au sein de la population.  Évidemment, le PQ a concocté sa proposition dans la discrétion, laissant planer les doutes, favorisant les « sorties calculées de son projet », ce qu’évidemment les autres partis ont utilisé pour mieux guerroyer entre eux.

Il semble que le PQ ne reculera pas cette fois-ci. Pas plus qu’il n’a reculé sur la question de ses politiques concernant les bénéficiaires de l’aide sociale. Dans les deux cas, il mise sur l’exclusion politique ou économique pour faire des gains en préparation d’une prochaine élection.

Pour toutes formations confondues, gagner des votes en divisant et en mentant, est-ce ça « faire de la politique autrement »? Certains politiciens diront qu’il leur suffit d’inclure dans leurs positions juste assez de contenu démagogique pour gagner l’adhésion du nombre requis… Et ce, peu importe l’effet dévastateur de telles propositions sur la  population en général. Agir ainsi relève de la politicaillerie.

Et la démocratie dans tout cela ? Laquelle exige de libérer la parole, d’être attentif aux points de vue minoritaires ou discordants, de proposer des discours clairs, des contenus ouverts et non ambigus, des processus permettant une construction éclairée et éclairante des politiques publiques ? Aucun parti politique au Québec, souverainiste ou fédéraliste, n’arrive vraiment à s’inspirer de l’idéal démocratique pour faire de la politique autrement. C’est pourtant à leur portée et à la notre. C’est si simple et si facile!

Réjean Mathieu et Jean-Marc Fontan

La fracture numérique…

Emmaüs : de la fracture numérique à la connexion solidaire

Dans un scénario pessimiste où toute l’évolution serait laissée à la main invisible du marché, on peut prédire que l’autoroute électronique aurait pour effet d’accroître les écarts sur le plan des connaissances et des richesses. Dans ce scénario, elle servirait principalement à divertir (au sens de détourner de leurs affaires) la majorité des citoyens, pendant que les mieux nantis sur le plan international s’enrichiraient davantage des connaissances les plus récentes, et des bénéfices économiques que ces connaissances commandent dans la société de l’information. Gilles Paquette, 1994, « L’autoroute électronique, vers quel avenir collectif », Action nationale, p. 802

Le mouvement Emmaüs remonte à la création de l’association éponyme créée en 1953. Celle-ci a été créée par Henry Groues : l’abbé Pierre. Si le mouvement se fait connaître dès son origine par une forte volonté de lutter contre l’exclusion, il démontre tout au long de son histoire une persistance dans sa capacité d’innover pour répondre aux nouvelles formes d’exclusion.

De nos jours, face à l’ère de la connectivité où chacun et chacune doivent être branchés par téléphonie ou par ordinateur, les grands enjeux qui se posent tiennent au double défi d’être connecté.

Il y a certes un premier défi monétaire, bien connu, puisqu’il coute de plus en plus cher d’être branché. Sur ce point, des réponses intéressantes apparaissent.

À titre indicatif, Emmaüs a lancé en 2010 le programme Connexions Solidaires :

Connexions Solidaires est un programme innovant développé par l’association Emmaüs Connect. Il doit permettre aux personnes en difficulté de développer leur potentiel grâce à un accès juste et durable aux télécommunications, condition aujourd’hui nécessaire pour s’insérer dans une société connectée. (http://emmaus-defi.org/nos-actions/la-telephonie-solidaire/)

Plus récemment, ce programme a été élargi pour donner accès gratuit à un branchement Internet :

Avec « Connexions solidaires », ces personnes (les plus démunies) peuvent se rendre dans un point d’accueil dédié munies d’une « clé internet à partager » et à recharger afin de pouvoir utiliser aisément une connexion Internet. Ce programme va également comprendre l’offre de téléphonie qui, depuis 2010, grâce à SFR et la ville de Paris, propose des heures de communication à bas coût via des cartes prépayées. Avec ce programme soutenu par les généreux abonnés de SFR qui souhaiteront souscrire à un abonnement spécial pour participer, Emmaüs espère pouvoir aider plus de 100 000 personnes d’ici 2015. Après Paris, de nouveaux points d’accueil devraient être ouverts dans d’autres villes. (http://www.youmag.com/news/122484/sfr-s-associe-a-emmaus-pour-fournir-internet-aux-sans-abris)

Une fois la barrière de l’accessibilité économique levée, l’utilisateur ou l’utilisatrice sont confrontés au défi culturel. Au-delà d’être branché, il faut savoir comment trouver l’information recherchée. Sur ce point, il est requis de plus en plus d’habilités et de compétences, sans parler de patience, pour naviguer sur les plages du numérique.

La fracture numérique n’est pas seulement une facture à payer, c’est aussi une perte de proximité, un effacement du contact personnalisé au profit de mises en relations avec un réseau numérique froid et technique.

À titre indicatif, l’accès téléphonique aux services gouvernementaux et privés vous informent dès le départ sur les huit options à choisir, puis sur les quatre autres à écouter, enfin sur les trois dernières à entendre pour, vous faire dire au final, que vous pouvez réécouter le tout en appuyant sur étoile !

À défaut du miraculeux « zéro » (option de moins en moins présente), ou d’entendre le numéro approprié qui permettrait de parler à un « être humain », il vous est indiqué que pouvez consulter le site Internet mis à votre service (www…). Sur ce dernier, différentes pages devraient vous permettre le formulaire requis (acrobat oblige) ou de trouver « la bonne réponse ! ». Pour une grande majorité des personnes, cette dernière se fait encore attendre…

Le défi est d’autant plus important que les gouvernements canadien et québécois ont relativement abandonné l’idée de faire de l’accès citoyen à l’information par Internet un droit et une responsabilité.

Un droit pour rendre effective l’accessibilité économique.

Une responsabilité pour offrir les formations et l’accompagnement nécessaire à ceux et celles à qui il manque les connaissances et les habiletés requises pour bien naviguer sur les pages gouvernementales !

Jean-Marc Fontan

Sécurité routière ilot Pelletier

Sécurité routière Ilot Pelletier : «On fait partie de la solution»

Vidéo documentaire

« Groupe de travail du Regroupement citoyen de l’ilot Pelletier dans le quartier centre de l’arrondissement Montréal-Nord qui s’est penché sur la question de l’insécurité routière aux abords de l’ilot d’habitation du secteur Pelletier. Le groupe de citoyens, en lien avec des intervenants de Parole d’excluEs, a identifié les points centraux des problèmes d’insécurité routière décelés tant sur l’avenue Pelletier que sur le boulevard Henri-Bourassa. Le groupe demande à être entendu par la municipalité d’arrondissement et propose des pistes de solution. Le document vidéo a été produit par une équipe de l’Incubateur universitaire Parole d’excluEs. »

 

Audre Lorde : la parole au sortir de la maison d’oppression

Réflexions sur la prise de parole et l’exclusion

Mois de mars. Mois de la journée internationale contre la brutalité policière et de la journée internationale de la femme. À propos de ces sujets, il va sans dire que la persistance de nouvelles peu encourageantes (sur certains points majeurs) ne peut que nous réinterroger sur des problématiques liées à la prise de parole en situation d’exclusion (voir références en bibliographie). L’œuvre et l’action militante d’Audre Lorde sont une grande source d’inspiration à ce propos.

ÉcrivainE, féministe, femme noire, lesbienne et activiste des droits civiques aux États-Unis, Audre Lorde a milité pour les droits des gaies et lesbiennes et a laissé derrière elle une œuvre féconde en poésie, en théorie de la différence et en pensée féministe contemporaine. Elle a aussi, parmi d’autres engagements, œuvré contre la brutalité policière. Son travail est fort pertinent pour penser l’inclusivité de groupes de défense de droits civiques à travers les différences identitaires des participantEs qui s’y insèrent.

Dans plusieurs textes, elle s’intéresse à des situations où la tentative d’inclure toutes et tous au sein d’un rapport égalitaire à l’action politique est un échec. C’était le cas du grand panel de conférences sur le féminisme « The Second Sex – Thirty Years Later » de 1980 auquel Lorde a participé et à propos duquel elle a présenté une critique qui marqua les débats féministes. En effet, cette critique a posé des questions de fond sur le mouvement féministe états-unien. Celui-ci était alors dominé par des femmes blanches, éduquées et relativement libres financièrement, alors qu’il marginalisait les femmes de couleur, pauvres, de classes populaires et/ou lesbiennes. En d’autres mots, un féminisme raciste qui se prétendait inclusif. La situation personnelle de Lorde exemplifie cette marginalisation au sein du rassemblement de 1980 : étant noire, féministe et lesbienne. Pour Lorde, les rassemblements féministes doivent inclure et rendre compte des différences en leur sein pour ne pas recréer une marginalisation à l’intérieur du mouvement même.

« Let me tell you first about what it was like being a Black woman poet in the ‘60s, from jump. It meant being invisible. It meant being really invisible. It meant being doubly invisible as a Black feminist woman and it meant being triply invisible as a Black lesbian and feminist. »

(Audre Lorde dans « A litany for survival »)

Comment Lorde comprend-elle ces situations où nous désirons établir des liens égalitaires et inclusifs entre participantEs, mais sans y parvenir? D’abord, nous courrons généralement le danger d’utiliser les concepts, catégories et manières de dire des acteurs de l’oppression (les « maîtres ») pour protester contre l’arbitrarité de celle-ci. Il y a danger puisque non seulement cette approche reproduit les outils de la domination et ses effets, mais elle peut reformer  par habituation de nouveaux « maîtres ». Au final, ce processus vicie entièrement le projet d’inclusion égalitaire. De là, nous retrouvons le titre de la célèbre conférence de l’auteurE :  « The Master’s Tools Will Never Dismantle the Master’s House » (les outils de la domination ne vont jamais permettre de défaire la structure de la domination). Ainsi, le « faire communauté » est important, mais pas au détriment de la légitimité des différences identitaires de chacunEs. La communauté de défense de droits devrait plutôt être un lieu rendant visible et légitime ces différences.

Plutôt que de reproduire les formes habituelles du pouvoir, il s’agira de transformer l’usage du pouvoir. Pour ce faire, l’auteurE propose de penser à l’extérieur des oppositions binaires héritées des « outils du maître » (incluEs/excluEs, noirEs/blanchEs, hétérosexuellE/homosexuellE, maître/esclave, dominantE/dominéE, etc.) pour penser l’identité comme multiple, combinée et mouvante. Par-dessus tout, une pierre angulaire à la théorie de la différence chez Lorde est que la différence doit être reconnue et non pas être jugée (comme l’encouragent les outils de la domination). Comme le dit si bien Lorde dans son poème « Outside»:

« who do you think me to be

that you are terrified of becoming

or what do you see in my face

you have not already discarded

in your own mirror

what face do you see in my eyes

that you will someday

come to

acknowledge your own? »

 Outside », Audre Lorde, 1977)

À l’instar de Paulo Freire, être soi en société, c’est être traverséE par un héritage généralement inconscient de modalités de domination, envers autrui et envers soi-même. Donc, l’atteinte de rapports interpersonnels non oppressants implique une consciente reconnaissance des subtils modes de domination et une éthique du « prendre soin de » (du « care ») à travers les différences interpersonnelles. Plus particulièrement, il s’agit d’une conscience qui s’inscrit dans la lutte pour la défense de droits civiques. Cette approche pave la voie à une sortie des rapports de sujétion : hors d’une différence qui exclut, pour une différence qui nous émancipe, nous inclut et nous rassemble. La différence n’est plus outil de stigmatisation, elle est célébrée.

Comme dira Lorde d’elle-même : «I speak to you today as Warrior. Poet. Black activist » ou « I come to you today as Professor. Mother of two children. Cancer survivor. » (Schultz). Bref, du lien entre situation d’oppression et prise de parole, je vous cite ce vers du poème « Call » :

« Mother, loosen my tongue or adorn me with a lighter burden »

(« Call », Audre Lorde, 1986)

Pour poursuivre ces réflexions, je vous invite chaleureusement au visionnement d’un documentaire sur une période méconnue de la vie d’Audre Lorde, « The Berlin Years 1984-1992 », le 4 avril prochain au Café l’Artère. Le visionnement sera suivi d’une lecture de textes de l’auteurE. Voici les détails de l’évènement :

« Une soirée avec Audre Lorde – An evening with Audre Lorde »

4 avril, 19h30 à 22h00, Café l’Artère, 7000 avenue du Parc, Montréal

Soirée animée par Politics & Care et C-UniT

Lien Facebook : https://www.facebook.com/events/417752168318518/

David Champagne

Références :

Quelques références sur la répression policière et la condition de la femme

« Nouveau regard sur la manifestation de Victoriaville en mai dernier », http://www.radiocanada.ca/nouvelles/societe/2013/03/27/009-manifestations victoriaville-policiers.shtml, mercredi 27 mars 2013.

« Des journalistes bousculés par la police », http://www.lapresse.ca/videos/actualites/201302/27/46-1-des-journalistes-bouscules-par-la-police.php/5f34d8bb6f914506ae47982f68bcc510. 27 février 2013.

Marcil, Ianik. « Je suis en colère », « http://voir.ca/ianik-marcil/2013/03/23/je-suis-en-colere », 23 mars 2013.

Bondi, Flaminia. « Les étudiants canadiens se battent contre les violences policières », « http://www.lejournalinternational.fr/Les-etudiants-canadiens-se-battent-contre-les-violences-policieres_a593.html », 21 mars 2011.

Gobert, Céline. « Les juristes progressistes sonnent l’alarme sur P-6 »,  http://www.droit-inc.com/article9788-Les-Juristes-Progressistes-sonnent-l-alarme-sur-P-6,  27 mars 2013.

Dunn, Gaby. « CNN’s Steubenville Coverage Matches 2011 ‘Onion’ Athlete-Rape Parody Video » 18 mars 2013, http://thoughtcatalog.com/2013/cnns-steubenville-coverage-matches-2011-onion-athlete-rape-parody-video/, 18 mars 2013.

« Les femmes dans le monde en 2013 », http://www.aufeminin.com/carriere/journee-de-la-femme/imjournee-de-la-femme/infographie_femmes_dans_le_monde_2013.jpg, mars 2013.

ONU Femmes; Entité des Nations Unies pour l’égalité des sexes et l’autonomie des femmes, http://www.unwomen.org/fr/focus-areas/, 2011.

Références sur Audre Lorde :

Griffin, Ada Gay. Parkerson, Michelle. «Audre Lorde», BOMB, Vol. 56, Été 1996FILM,

http://bombsite.com/issues/56/articles/1961, consulté le 25 mars 2013.

Griffin, Ada Gay. Parkerson, Michelle. (1995) « A Litany For Survival: The Life And Work Of Audre Lorde », Third World Newsreel, 60 min.

Lorde, Audre. (1984) « Sister Outsider; Essays and Speeches », The Crossing Press (Feminist Series), 192p.

Kulii, Beverly Threatt . Reuman, Ann E.  Trapasso, Ann. « Audre Lorde’s Life and Career »,  http://www.english.illinois.edu/maps/poets/g_l/lorde/life.htm, consulté le 25 mars 2013.

Olsen, Lester C. « The Personal, the Political, and Others: Audre Lorde Denouncing « The Second Sex Conference » », Philosophy and Rhetoric, Vol. 33, No. 3, 2000, p.259-285

Schultz, Dagmar. « Audre Lorde – The Berlin Years 1984 to 1992 », http://www.audrelorde-theberlinyears.com/audre.html, consulté le 25 mars 2013.

La figure de l’excluE est bien réelle…

La figure de l’excluE est bien réelle…

Le travail synthèse de Fréchet et Lanctôt (2003, p. 31) permet de proposer une définition située de l’exclusion ou cette dernière « est souvent vue comme une résultante non intentionnelle qui peut découler d’un ou de plusieurs facteurs de vulnérabilité individuels et sociaux (handicap, analphabétisme, monoparentalité, décrochage scolaire, toxicomanie, pauvreté, difficultés d’accès au logement, à l’éducation ou à la santé, discrimination, etc.) ».

http://www.etuc.org/a/6855
http://www.etuc.org/a/6855

Depuis 2003, le fait de présenter l’exclusion sous l’angle d’un état découlant d’une contingence, du hasard, autrement dit, d’une diminution de la capacité d’une personne d’être incluse, donne l’impression que l’exclusion ressemble au fait de passer de l’état de bonne à celui de mauvaise santé. L’exclusion serait une maladie sociale qu’on attrape !

Quels sont les facteurs qui agissent sur cette vulnérabilité ? Quelle est l’origine de cet état subi ? Grand mystère !

Il y a certainement des facteurs propres à l’individu, comme le laisse entendre la définition de Fréchet et Lanctôt. Il y a certainement plus, comme ils le laissent entrevoir sans vraiment plonger pour ouvrir la boîte noire. Les causes individuelles constituent la portion marginale et superficielle du phénomène. Les causes socioéconomiques, occultées par la plupart des politiques sociales voulant « corriger le phénomène » pour permettre à l’excluE de renouer avec la bonne santé, constituent la nature cachée et profonde de l’exclusion. Cette nature, non apparente au premier regard, prend la forme d’intentionnalités portées par des personnes, des collectifs, des associations, des organisations, des entreprises ou des institutions qui usent de « petits ou de grands pouvoirs » pour brimer des droits individuels ou collectifs. Droit à un revenu décent, à une protection sociale, à un logement de qualité, à des expressivités culturelles, à l’accès à des informations, à la participation à des décisions, à la différence identitaire, etc. ; ce sont là autant de lieux qui nourrissent la machine à exclure en générant de la vulnérabilité, en diminuant les capacités de penser, de travailler, d’habiter, d’agir, d’être.

En occultant l’aspect dominant qu’occupent les causes socioéconomiques, en limitant la vulnérabilité à des phénomènes de contingence ou de malchance individuelle, les promoteurs d’une conception miniminaliste de l’exclusion se trouvent à banaliser les responsabilités collectives portées par des acteurs, des organisations et des institutions qui agissent sur le non respect ou la non reconnaissance de droits qui devraient l’être. Lutter contre la pauvreté et l’exclusion demande d’aller au-delà des apparences et donc de réfléchir sur l’ensemble des mécanismes, processus, actions, règles, conventions, connaissances, comportements qui, au jour le jour, affectent la mise en vulnérabilité, qui engendrent une diminution des capacités d’être des personnes et qui sont au cœur de la production socioéconomique des excluEs.

Jean-Marc Fontan