Monologues sur la pauvreté et l’exclusion

Invitation à deux soirées de présentation des
monologues Prends ça pour du cash !

Carleton-sur-Mer, 22 novembre 2016. – Le Centre d’initiation à la recherche et d’aide au développement durable (CIRADD) et la MRC Avignon vous invitent à deux soirées de présentation des monologues Prends ça pour du cash ! le samedi 26 novembre prochain au Café-théâtre du Vieux-Couvent de Maria à 19 h et le 3 décembre prochain à la salle communautaire de Matapédia (5, rue Hôtel-de-Ville) à 19 h. Ces soirées sont la suite du projet « Coup de théâtre sur la pauvreté et l’exclusion sociale » qui s’est déroulé sur l’ensemble du territoire de la Gaspésie et des Îles en 2015 avec le soutien du Fonds d’innovation sociale GIM et initié en partie par Jacqueline Bouchard, travailleuse de proximité et professionnelle de recherche au CIRADD.

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Dans le cadre de ce projet, Mme Bouchard a réalisé plus de 200 entrevues ou rencontres dans chacune des MRC de la Gaspésie ainsi qu’aux Îles-de-la-Madeleine. Un des principaux objectifs de ce projet était, et est toujours, d’abattre les préjugés et les idées préconçues envers ces personnes en donnant la parole à des gens que nous n’entendons pas souvent et qui vivent pourtant près de nous.

De ces rencontres, elle a produit une trentaine de monologues qui relatent différents aspects de la vie quotidienne de plusieurs de nos concitoyens et les réalités qu’ils vivent. Livrés avec humour, ils sont une fenêtre vers une meilleure compréhension des différentes situations qu’amène la pauvreté. Ils traitent de différents sujets tels que le crédit, la simplicité volontaire, le salaire minimum, le logement, la situation des femmes, des hommes, l’alimentation, etc. Ces monologues seront présentés sur scène par des porte-paroles et des personnes de tous les milieux, et ce, de façon interactive.

De par son approche, Jacqueline Bouchard a réussi à cerner les réalités vécues sur le territoire de la MRC Avignon, partenaire financier de la diffusion des monologues. Les partenaires vous invitent donc à la présentation des monologues le 26 novembre prochain à Maria et le 3 décembre à Matapédia. Notez que les salles contiennent 125 places et qu’il n’y a aucune réservation au préalable. Il y aura une contribution volontaire en soutien à la Source Alimentaire Bonavignon et au Centre d’action bénévole l’Ascension-Escuminac.

Personne-ressource
Jacqueline Bouchard, travailleuse de proximité et professionnelle de recherche au CIRADD
418 392-7223
jxbouchard@gmail.comciradd

Éco-urbanisme

La ville : acteur – réseau pour relever le défi écologique

Alors que la contribution des États à la lutte contre les changements climatiques sera au cœur des discussions de la prochaine conférence sur le climat en décembre à Paris (lire l’édito de Lucas Durand du 13 octobre 2015), un autre acteur à ne pas négliger joue un rôle de plus en plus crucial pour répondre au défi écologique : les villes.

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Atelier dans un jardin du Collectif de recherche en aménagement paysager et en agriculture urbaine durable (CRAPAUD)

En effet, comme l’expliquent Jean Haëntjens et Stéphanie Lemoine dans leur livre «Éco-urbanisme : Défis planétaires, solutions urbaines» paru en septembre dernier, les villes, où réside désormais plus de la moitié de la population mondiale, sont, plus que jamais auparavant, « au cœur des grands défis écologiques, économiques et sociaux ». Pour faire face aux problèmes environnementaux, plusieurs d’entre elles innovent en mettant en œuvre un certain nombre de solutions, par exemple dans les domaines des systèmes énergétiques (solaire, méthanisation, géothermie), des modes de mobilités (vélo, voiture en libre-service, navette fluviale…), des pratiques démocratiques (démocratie participative, ville numérique…), des modèles économiques (localisé, circulaire, sociale et solidaire…) et des formes culturelles (festivals, art urbain…). Elles agissent à l’aide d’un éventail de possibilités en développant leur propre vision de la ville écologique, à partir d’un processus de mobilisation des acteurs politiques, des technicien.ne.s de l’urbain, des gens d’affaires et des agent.e.s économiques, sans oublier les citoyen.ne.s.

En multipliant les expérimentations techniques, urbanistiques, sociétales ou managériales, les acteurs concernés ont su développer des compétences transversales afin de donner une cohérence aux initiatives lancées. Telle est l’approche définie en termes d’éco-urbanisme par les auteurs mobilisés. C’est ainsi qu’à Copenhague, ville de 600 000 habitants, 63 % de la population se rend à l’école ou au travail à vélo (45 % dans la région de Copenhague), ce qui en fait un modèle de ville écologique (voir le reportage de Radio-Canada).

« De la ville objet à la ville des sujets »

Parmi les aspects intéressants du livre, notons le rôle essentiel joué par la participation citoyenne dans l’élaboration de cette vision commune en appelant entre autres au développement d’une économie « ancrée dans son territoire et moins dépendante des aléas de l’économie mondialisée », en relevant le défi de la ville inclusive pour les populations marginalisées ou exclues. Répondre au défi écologique, c’est donc aussi faire en sorte que le plus de personnes soient capables d’agir sur leur propre destinée, ce qui est un préalable à un meilleur contrôle de l’influence que nous exerçons sur notre environnement.

Cela met en lumière l’importance de conjuguer deux formes de lutte : celle contre les changements climatiques et celle contre la pauvreté et l’exclusion sociale. Il nous faut considérer dans l’analyse non seulement le rapport que les êtres humains entretiennent avec la nature et avec leur environnement immédiat, mais également les rapports sociaux. Nous devons tenir compte des intérêts économiques qui sont en jeu, des rapports de pouvoir qui les accompagnent et des conflits qui opposent les êtres humains les uns aux autres.

Tel que formulé par Murray Bookchin dans l’écologie sociale, il y a là l’idée que les problèmes qui opposent société et nature prennent leur source dans l’évolution même de la société. C’est donc également vers, dans et par le domaine social qu’il faut agir pour penser des solutions. En ce sens, la ville constitue un laboratoire social qui peut offrir des pistes prometteuses vers l’établissement d’une société écologique, pour autant que cela implique une transition vers une société plus juste et égalitaire. Comme l’affirme la journaliste et militante altermondialiste Naomi Klein (Journal des Alternatives, 5 mai 2015) : « Si nous conjuguons justice sociale et action pour le climat, les gens se battront pour cet avenir ».

Richard Perron

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Pour une citoyenneté participative

Du bas vers le haut

En 1968, cinq étudiants en architecture, bien intentionnés, désirent réaliser un projet concret et utile, soit la rénovation de la rue Demers en impliquant les résidents de ce secteur défavorisé du quartier Mile-End à Montréal. Le documentaire «Les fleurs c’est pour Rosemont» rend compte de leur démarche. Or, à la fin du documentaire, les choses tournent mal. Non seulement peu de résidents participent au projet, mais leur déception est manifeste devant les attentes que les cinq étudiants ont suscitées, mais qui n’ont pas été comblées. Leur omission? Prendre le temps de partir des besoins et des priorités exprimés par la population locale et favoriser sa participation à toutes les étapes du processus de mobilisation.

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Documentaire : «Les fleurs c’est pour Rosemont» (à visionner sur le site de l’ONF)

À la même période, dans plusieurs quartiers populaires de Montréal, des animateurs sociaux connaissaient plus de succès en jetant les bases de la pratique de l’organisation communautaire au sein des premiers comités de citoyens. Pour de nombreuses personnes confrontées à la pauvreté et à l’exclusion sociale, ce fut le début d’un riche processus de reprise de confiance, d’affirmation de soi et d’appropriation de pouvoir par l’action collective. Par la suite, en gérant eux-mêmes des ressources leur permettant d’offrir des services différents et complémentaires à ceux du secteur public et de poursuivre leurs revendications afin d’élargir les droits sociaux et les services collectifs de l’État, des citoyennes et des citoyens ont développé les fondements de ce qui constitue aujourd’hui les milliers d’organismes communautaires que nous connaissons.

Participation des membres

Progressivement, la pratique de l’organisation communautaire s’est professionnalisée, de sorte que des militants bénévoles sont devenus salariés, ce qui fut une bonne chose pour la stabilité et le savoir-faire de plusieurs groupes. Toutefois, pour diverses raisons, cela produisit à long terme un effet négatif sur la participation des membres d’un certain nombre d’entre eux. Par exemple, le niveau de qualifications plus élevées qui est désormais requis pour être intervenant communautaire crée une tendance à valoriser le savoir professionnel au détriment du savoir expérientiel. Même s’il semble y avoir un regain d’intérêt dans les dernières années pour la participation citoyenne, le passage du discours à la pratique ne se fait pas aisément, comme le font remarquer Clément Mercier, Jean Panet-Raymond et Jocelyne Lavoie : « Si les citoyens sont souvent objets de discussion dans les lieux de concertation entre les acteurs communautaires, publics et même privés, ils sont le plus souvent absents de ces instances. Le défi demeure que les citoyens passent d’objet à sujet de l’action communautaire. Le discours qui valorise la participation et le pouvoir d’autonomie des citoyens est encore souvent «un discours» et non une réalité lorsque les professionnels et les fonctionnaires entrent dans le jeu, les citoyens en sortent souvent* ».

Maintenir la mobilisation parmi les membres représente assurément un défi, d’autant plus que les subventions gouvernementales tendent à favoriser la dispensation de services. Il n’est pas ici question de nier la pertinence de services individuels, mais plutôt de ne pas perdre de vue que ceux-ci doivent être développés avec les personnes concernées afin de s’assurer qu’ils répondent véritablement à leurs besoins. De même, privilégier la prise de parole des personnes pauvres et exclues ne signifie pas pour autant qu’il faille diminuer l’importante du soutien professionnel. Au contraire, l’accompagnement des citoyens est bénéfique, dans la mesure où les intervenants communautaires respectent le rythme et les aspirations des participants, ainsi que les décisions prises collectivement. Comme le décrit Pascal Beauchesne : «Le dénominateur commun est affaire de logique de processus plus que de projet, où la participation citoyenne agit comme carburant, et où l’enjeu devient alors le partage du pouvoir entre des savoirs différents…» (Lire l’article «La participation citoyenne, qu’est-ce que ça donne?» dans Le Devoir du 12 août 2013).

En cette période où la démocratie représentative nous montre clairement ses limites, où les élus au gouvernement semblent défendre des intérêts qui ne sont pas les nôtres, et où l’État «partenaire» du développement des communautés est en recul, la capacité d’innovation du mouvement communautaire doit se poursuive. Les intervenants communautaires doivent plus que jamais mettre les citoyens au cœur de leurs actions, les intégrer à la vie des organismes, favoriser leur participation et croire en leur potentiel de transformation sociale. De cette manière, plus les pratiques de démocratie participative seront bien implantées à la base, plus le mouvement communautaire représentera une force capable d’influencer les institutions et les pouvoirs publics afin qu’ils respectent davantage le savoir citoyen et s’en inspirent pour mieux répondre aux besoins de la population.

Richard Perron

* Lavoie, J., Panet-Raymond, J. (dir.). (2011). La pratique de l’action communautaire (3e édition), Québec, Presses de l’Université du Québec, p. 62.

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Citoyens du Nord-Est de Montréal-Nord

Étude sur les besoins et aspirations des citoyens du Nord-Est de Montréal-Nord

Le Centre de recherche sur les innovations sociales (CRISES) 
vient de publier la recherche : Étude sur les besoins et aspirations des citoyens du Nord-Est de Montréal-Nord (avril 2015). Voici le résumé qu’en font ses auteurs (Isabel Heck, Jean-François René et Claude Castonguay) :

L’étude sur les besoins et aspirations des citoyens du Nord-Est de Montréal-Nord s’inscrit dans la démarche de Parole d’excluEs, un organisme qui lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale par la participation citoyenne. Elle jumèle l’approche ethnographique à la recherche-action participative, en encourageant la prise de parole citoyenne et l’action collective. L’étude poursuit un triple objectif : cerner la perception des citoyens de leur quartier; identifier les changements auxquels ils aspirent; les mobiliser pour des changements ciblés. Au terme d’une période de six mois, nous avons échangé avec 209 citoyens du Nord-Est de Montréal-Nord aux profils divers et dans une variété de contextes informels et formels. Tout au long de la collecte de données, nous avons veillé à ce que les enjeux émanent du terrain, selon les priorités et préoccupations des citoyens. Nous n’avions pas de cadre conceptuel ni de grille analytique préétablis. Une analyse thématique inductive et transversale des données nous a permis de regrouper différents enjeux identifiés et d’en dégager quatre grands défis transversaux qui constitueront la base des actions à mener par Parole d’excluEs et ses partenaires dans le quartier : le vivre ensemble; les préjugés et la discrimination; la situation des jeunes; et les conditions de vie et la pauvreté. Chacun de ces défis reflète des perceptions et des expériences diverses – voire, opposées – qui illustrent des dynamiques, mais aussi des tensions sociales présentes dans le secteur. L’analyse inclut également plus de 250 pistes d’action proposées par les citoyens pour agir sur les défis. Une discussion analytique qui propose différents croisements permet de dégager les contributions de cette recherche. La présente étude représente en effet non seulement une valeur ajoutée en termes de connaissance des dynamiques sociales et des besoins et aspirations des citoyens du Nord-Est de Montréal-Nord, mais propose également un processus et une méthode de recherche innovants, en jumelant la recherche-action participative et l’approche ethnographique.

Pour consulter l’étude :

Isabel Heck, Jean-François René et Claude Castonguay, (2015), Étude sur les besoins et aspirations des citoyens du Nord-Est de Montréal-Nord, Cahiers du Centre de recherche sur les innovations sociales (CRISES), Collection Études de cas d’entreprises d’économie sociale – no ES1503, 126 pages.CRISES

Un brassage positif…

Le défi : croiser positivement les savoirs

La connaissance et l’action sont le résultat d’une interaction forte entre différents types de savoirs. Qu’ils soient scientifiques, professionnels ou expérientiels, les savoirs ont avantage à être bien combinés les uns aux autres. Le grand défi est certes celui de créer des espaces communs où cette rencontre puisse se faire harmonieusement. Ce défi est d’autant plus grand dans le contexte actuel où nous observons tant un essoufflement qu’une dérive de la vie démocratique.

L’enjeu repose sur le développement d’actions fondées sur une intelligence collective…

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Le croisement des savoirs et des pratiques

Entendre et reconnaître l’importance de la parole de personnes pauvres et exclues est indispensable tant pour élaborer une intelligence collective que d’initier des actions éclairées. Cet enjeu, avouons-le, est plus facilement exprimé qu’il n’est réalisé. Pourquoi, parce que collectivement nous investissons peu dans le développement de processus respectueux de l’apport du savoir expérientiel en général et plus précisément à celui des personnes pauvres et exclues. Sur ce point, il nous faut innover.

Pourquoi est-ce si important ?

L’histoire nous montre bien comment la créativité humaine a permis le passage d’un type de société à un autre. À preuve, les Européens ont su passer de la féodalité à la modernité. L’ont-ils fait en développant une intelligence collective ? Oui, mais d’une collectivité limitée à une élite peu nombreuse doublée d’un corps de mandarins à sa solde. En aucune façon n’ont-ils pris en considération les savoirs portés par les pauvres et les exclus. En aucune façon n’ont-ils intégré respectueusement les savoirs détenus par les populations africaines et américaines assujetties à leur démarche colonisatrice.

Miser sur le croisement… Oui, à une condition

Afin d’initier les changements requis pour affronter les grands maux de la modernité, les savoirs doivent cesser de se cantonner dans leurs milieux respectifs, voire de se superposer hiérarchiquement. Leur croisement est une « conditio sine qua non » pour que le changement envisagé puisse avoir la qualité requise pour briser le cercle vicieux des inégalités sociales, de l’exploitation éhontée de l’environnement et du mépris des différences culturelles.

Réjean Mathieu

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Recherche-action participative (AVEC)

« L’AVEC, pour faire ensemble » : un guide de pratiques, de réflexions et d’outils pour inclure les personnes en situation de pauvreté au sein de projets de recherche qui les concernent

Ce guide est le fruit d’une expérience forte d’inclusion dans le cadre du projet de recherche-action participative Vers une autonomie alimentaire pour touTEs : Agir et Vivre Ensemble le Changement (VAATAVEC). L’approche AVEC part du postulat qu’il est insensé de prétendre lutter contre la pauvreté et l’exclusion sociale sans les premières personnes concernées, c’est-à-dire celles qui vivent ces situations. Le principe AVEC repose sur l’égalité et la dignité. Il vise à associer les personnes qui vivent la pauvreté, expertes de leur vécu, à toutes les dimensions de la lutte à la pauvreté et à l’exclusion sociale.

VAATAVECPour vous procurer le guide :

L’AVEC, pour faire ensemble