Le mouvement communautaire devant l’austérité

Pour un réel programme national de financement des organismes communautaires

Henning Mankell écrivait:

« Nous avons aujourd’hui tous les moyens nécessaires pour éradiquer la misère absolue et hisser tous les humains vivants au-dessus du seuil de malnutrition. Nous choisissons de ne pas le faire. C’est un choix que je ne peux considérer autrement que comme un acte criminel. Mais il n’existe pas de tribunal habilité à poursuivre, à l’échelle globale, les criminels responsables du fait que la faim et la misère ne sont pas combattues à l’aide de toutes les ressources disponibles, et qui nous entraînent tous à être complices et à avoir notre responsabilité dans ce choix. » (Henning Mankell, Sable mouvant, fragment de ma vie, cité par Paul Warren dans Le Devoir du 13 octobre 2016)

Au Québec, au fil des années, nous avons développé un ensemble de programmes sociaux porteurs d’une forme de justice sociale, en santé, en éducation et en solidarité sociale. Malgré les insuffisances et incomplétudes de ces programmes, nous pouvions espérer des lendemains meilleurs.

L’AUSTÉRITÉ LES A LARGEMENT AMPUTÉS…

Nous avions également, depuis les années 1960, créé un véritable mouvement au niveau de l’action communautaire en créant des comités de citoyens, des groupes populaires puis des organismes communautaires, des organisations d’économie sociale ou solidaire et des groupes de défense de droits.

L’AUSTÉRITÉ LES A AUSSI AMPUTÉS.

Ces mouvances, groupes, organismes et organisations avaient essentiellement pour mission de combler les vides de l’action étatique, et ce, à divers niveaux.

Malgré les dénégations du gouvernement en place, en raison de coupures ou d’une réorganisation des subventions gouvernementales, nous constations qu’un nombre grandissant de groupes communautaires et de groupes de femmes n’ont d’autre choix, pour survivre, de procéder à des mises à pied ou carrément à fermer leurs portes. Dans beaucoup de cas, des organismes n’ont plus qu’un seul ou qu’une seule employée qui s’acharne à assurer la survie de l’organisation.

La situation est telle, l’urgence est si criante qu’il nous faudrait répéter cette année l’exercice de grève des groupes vécue en 2015. Loin de s’améliorer, la situation empire.communautaire_austerite

Pourtant, il est encore fréquent que les institutions de santé en particulier dirigent des gens vers des groupes communautaires. Ceux-ci, qui ne devraient pas être considérés comme des prestataires de services, constituent une forme de « cheap labour ». Curieusement, l’État se déleste non seulement de services qui lui incombent, il se déresponsabilise aussi de l’attribution des ressources nécessaires à des organisations de la société civile pour les rendre accessibles.

Face aux demandes des groupes communautaires, la ministre Charlebois affirmait en décembre 2015 qu’ils n’ont pas été coupés… Qu’ils devaient prendre leur mal en patience… Être patients pour quels motifs, s’il n’y a pas eu de coupures?

Comble d’arrogance, en mars dernier, nous ne trouvions rien de significatif pour les organismes communautaires dans le budget du gouvernement québécois de 2016-2017.

Rappelons-le, les organismes communautaires autonomes contribuent clairement à l’amélioration du bien vivre ensemble dans la société québécoise. Dans la perspective d’agir sur les causes, ils agissent sur les symptômes des problèmes qui mènent aux inégalités individuelles et collectives. Cela avait d’ailleurs été reconnu dans la Politique sur l’action communautaire mise en place en 2001.

Réaffirmons que le sous-financement actuel est chronique.

  • La plupart des groupes n’ont pas eu d’augmentation de leur financement depuis plusieurs années;
  • Ils ne peuvent même pas suivre l’augmentation du coût de la vie puisque le programme de financement n’a pas bougé depuis 1973… contrairement aux dirigeants d’entreprises qui se payent des revenus à 7 et 8 chiffres et aux milliards qu’on accorde à de grandes entreprises;

Cette situation de sous et de mal financement amène à de sérieuses conséquences : une baisse importante des services à la population et même des fermetures d’organismes. D’où la légitimité des demandes formulées à l’État pour un réel programme national de financement, c’est-à-dire une politique de financement stable, récurrente.

On y reviendra car de nombreux motifs d’espoir émergent.

Réjean Mathieu

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