Lettre à un vieil ami…

Patrice Rodriguez, fondateur de Parole d’excluEs, tu aimais terminer tes courriels en citant une pensée philosophique. M’inspirant de ta pratique, je commence cette lettre en revisitant Lao Tseu, qui, dans le Tao Te King, nous invitait à réfléchir sur le fait que « le but n’est pas le but, c’est la voie ».

Patrice, selon l’idéateur que tu étais, la voie d’action à suivre se définissait essentiellement à partir de la prise de parole émanant de citoyens et citoyennes en situation de pauvreté et d’exclusion. De suivre cette voie critique afin de penser et de développer des actions transformatrices.

Sans titre

 

Plus précisément, quelle forme a prise cette « voie d’action » que tu as su impulser avec la grande famille de Parole d’excluEs ? C’est essentiellement celle d’une posture reposant sur la prise en considération de la réalité des conditions matérielles des personnes pauvres et exclues. Par cette posture, tu nous invites à revoir nos acquis, à questionner nos façons de penser, à transformer nos façons d’agir afin de faire de nos communautés et de nos sociétés des lieux inclusifs, solidaires et écologiques. Oui, il s’agit bien de « nos » communautés et de « nos » sociétés. Les considérer autrement, comme celles appartenant à d’autres que nous, serait accepter la fatalité de ne pas avoir droit de parole ou la possibilité d’agir sur elles. Ce serait refuser de nous donner le pouvoir de les transformer afin de définir un vivre ensemble acceptable pour tous et toutes.

Patrice tu nous a quitté prématurément le 12 juin 2016. Tu as cependant pris soin de nous léguer un héritage. Tu nous as remis un drapeau, à l’image du Jeu du drapeau de Jean-Paul Riopelle (La Joute), afin de continuer le combat. Un combat qui fait de nous des acteur.e.s à part entière de l’Histoire en devenir.

Patrice tu as milité avec force et conviction en proposant et en nous transmettant un plan d’action ouvert sur un imaginaire à définir collectivement. Un monde du commun, du bien vivre ensemble où les nouveaux sentiers culturels à adopter sont certes à définir, mais bien encadrés par un ensemble de valeurs et de principes guides non négociables.

Patrice, à nous maintenant de saisir le témoin que tu nous tends. À nous de prendre le relais et de nous rassembler autour d’un drapeau apatride regroupant des projets collectifs porteurs de sens et de solutions aux grands maux sociétaux.

Il nous revient maintenant, plus que jamais, de travailler ensemble afin de concrétiser ton rêve, celui d’un monde meilleur, d’un monde inclusif…

Merci Patrice, adieu vieil ami…

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