S’attaquer aux racines de la radicalisation

Justice, tolérance et amour de l’autre

Après Bruxelles, Paris plutôt deux fois qu’une, Ouagadougou, Tunis, etc., il est difficile de ne pas céder à une colère engendrée pat le ras-le-bol. C’est assez! On en a marre! Il faut que cessent ces massacres d’innocents. Que faire?

Céder à la colère ne résoudra rien. Pour régler un problème, il faut en comprendre les causes. Un problème comme celui-ci ne peut se résoudre par la répression, puisqu’une des causes est précisément le sentiment d’injustice ressenti par les auteurs des attentats. La répression pure et simple ne fera que leur donner – à eux et à d’autres – la preuve qu’ils ont raison.

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Devant l’ampleur du drame, l’imprévisibilité des attentats, nous sommes envahis par un sentiment d’impuissance. Malgré nos moyens limités, nous pouvons au moins tenter de comprendre pourquoi ces attentats sont perpétrés.

DES CAUSES MULTIPLES

Un bédéiste bruxellois, Bernar Yslaire, avait anticipé ce qui est arrivé. Sa clairvoyance fut exprimée dans une bédé en deux tomes intitulée Le ciel au-dessus de Bruxelles (Fabien Deglise, Le Devoir, 23 mars 2016). Il avait pressenti que certaines situations sociales en Belgique étaient porteuses des évènements qui se sont produits. Entre autres choses, il avait constaté la fracture sociale vécue par des Belges mal intégrés d’origine nord-maghrébine « qui n’arrivent pas à s’identifier à la Belgique…et ce, jusqu’à un point de rupture »… « ils cherchent à faire comprendre à l’autre qu’ils souffrent en lui faisant pire»(Ibid).

L’auteur ajoute que nous avons sans doute atteint « la limite d’un capitalisme et d’une société de consommation qui laissent un vide spirituel dans une partie de la population ». Le jeune immigrant ou issu de l’immigration avide de sens et n’en trouvant pas « va chercher un idéal dans la mort ».

Cette opinion peut nous aider à réfléchir, même si d’autres causes sont envisageables : la perte d’un sens à la vie peut être centrale, mais il est clair que le fait de ne pas se sentir intégré dans une société d’accueil joue un rôle dans le processus de radicalisation des idées. Le sentiment de subir de la discrimination sociale ou économique, voire même de se sentir l’objet de gestes racistes, ne peut qu’éveiller une frustration latente.

D’ailleurs, toutes les inégalités, tous les écarts entre riches et pauvres, (individus ou pays), toutes les injustices sont sources de frustration et d’éventuelles révoltes. Quand on vit dans un système économique où on entend des chefs d’entreprises aux revenus dépassant les six chiffres, nous dire que leurs entreprises ne « sont pas des œuvres de charité mais visent le profit », on ne peut que se demander pourquoi les préoccupations de justice sociale seraient le lot de tout le monde sauf de ces personnes et de leurs entreprises. Quand on retrouve ces mêmes entrepreneurs, grassement payés, dans d’autres pays, en train d’exploiter des mines ou d’autres industries sans se préoccuper de l’environnement, de la santé des gens qui y habitent, etc., on ne peut pas s’étonner qu’il y ait des gens qui se révoltent.

Quand, en plus, certains dirigeants religieux les y encouragent sans nuances, alimentés par une interprétation littérale de leur propre religion, rien ne s’oppose plus à ce que de jeunes idéalistes ou criminalisés soient prêts à se sacrifier au nom de leurs frustrations, croyant dur comme fer qu’ils y gagneront quelque chose, ici ou après la mort…

DES SOLUTIONS ?

Elles ne sont pas faciles à identifier ni, surtout, à mettre en œuvre. Car elles ne seront effectives qu’à moyen ou à long terme.

En vous invitant à les développer, je dirai que les solutions se trouveront dans :

  • La justice pour tous et toutes, en passant par une juste distribution des ressources et des richesses, en ouvrant les portes de l’emploi, de l’éducation, de la culture.
  • La tolérance face à la différence. Il est plus que temps qu’on cesse d’avoir peur, qu’on soit réceptif, collectivement mais aussi individuellement, aux personnes et aux communautés qui arrivent. Leurs différences peuvent nous enrichir si elles sont bien prises en compte, et leur apport fera du Québec une société plus riche culturellement et même économiquement. Pour cela, il faut, encore une fois, créer et maintenir des lieux d’intégration par l’apprentissage du français et par l’accès à notre culture nationale. Que le nouveau et l’ancien cohabitent et s’enrichissent mutuellement.
  • L’amour de l’autre : vous me direz que cela a un petit air religieux. Je dis que croyant ou non, on peut aimer au lieu de haïr. Parler au lieu d’être indifférent. Accueillir au lieu d’être méfiant. Et si vous tenez absolument à parler de religion, je dirais que les dirigeants religieux pourraient, dans leur logique de foi, inviter à prier pour les victimes et leurs proches, bien sûr, mais aussi pour les proches des auteurs des attentats, et pour ces auteurs eux-mêmes et pour tous les autres qui pourraient se sentir attirés par le terrorisme. Que l’on croie ou non à l’action de la prière, on peut au moins se dire qu’elle agit sur ceux et celles qui la font.

Laissons-nous guider par l’idéal du VIVRE ENSEMBLE et par la recherche du BIEN COMMUN.

Réjean Mathieu

Que la réflexion et l’échange d’idées se poursuivent ! Nous vous invitons à commenter ce texte et à le partager s’il vous a plu ou aidé.

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