Ce communautaire fortement menacé – de qui et de quoi parle-t-on ?

Première partie – une page d’histoire

Réjean Mathieu

L’automne dernier, j’ai participé à une manifestation de groupes communautaires qui protestaient contre les politiques d’austérité. Mes réflexions – outre celles relatives à mon accord avec les revendications – m’ont fait remonter dans le temps, – et ce, – jusqu’aux comités de citoyens de l’Outaouais qui prirent forme dans la seconde moitié des années 1960.

J’étais présent à la création de nombre de ces groupes communautaires qui s’appelaient alors comités de citoyens ou groupes populaires. Je pensais aussi à des vétérans de la mouvance communautaire d’alors : les Roger Poirier, Raymond Levac, Robert Guimond, ainsi qu’un des principaux penseurs de ce nouveau mouvement, Michel Blondin.

C’était la fameuse Révolution tranquille. On tentait d’inclure dans cette <révolution>, les couches les moins favorisées de la population, si souvent laissées pour compte à l’époque et aujourd’hui. On faisait ce qu’on appelait de l’animation sociale, laquelle visait à <donner une voix à ceux qui n’en ont pas>. On essayait surtout d’aider les gens à se prendre en charge eux-mêmes et elles-mêmes, dans une démarche de bas en haut, sans imposer, en <aidant à mettre des mots> pour exprimer leurs revendications et pour passer à l’action.

Dans le cas de Hull, devenu depuis une partie de Gatineau, ce qui mit le feu aux poudres, ce fut la rénovation urbaine et les expropriations qui suivirent. Des gens du <vieux Hull> se sont vus expropriés et le furent sans volonté de compensation satisfaisante. Il s’agissait donc d’une extorsion de plus value, à l’image de ce qui continuait largement à se faire dans différents milieux de travail où la classe des patrons exploitait allègrement la classe ouvrière. Concernant les expropriations,  dans les meilleurs des cas, les personnes expropriées n’ont pas reçu le nécessaire pour remplacer la maison qu’on leur enlevait. Une démolition à saveur de rénovation urbaine ayant pour but de construire des condos, des rues, des commerces et des édifices pour le gouvernement fédéral. Nous avons réussi, ensemble avec les gens concernés, à obtenir des compensations beaucoup plus élevées que celles proposées, même si encore insuffisantes la plupart du temps. De là sont nés également, tant à Hull que dans d’autres régions du Québec d’autres comités citoyens et groupes populaires : pour des revendications en <santé>, en matière de revenu minimum de base, en habitation, en communication ou pour l’implantation de <cliniques juridiques>, de radios communautaires, etc.

Pour l’Outaouais, ce fut le début du <mouvement populaire>. Ce dernier s’est rapidement  enrichi d’une dimension politique, puis, chemin faisant, de groupes écologiques, culturels et à vocation économique. Malgré  ses lacunes, ce mouvement a continué à porter les demandes, les besoins et les désirs des gens de milieux populaires. C’est ce que des gouvernements tentent maintenant de museler au nom de l’austérité ou de la rigueur… Je reviendrai, dans mon prochain éditorial, sur l’évolution et la richesse de ce mouvement fortement menacé par l’esprit même du néolibéralisme.CadRb6KWEAEYla-

2 commentaires sur “Ce communautaire fortement menacé – de qui et de quoi parle-t-on ?

  1. Peut-on faire un parallèle entre les deux époques ? Il me semble que ce que vous décrivez est typique des mouvements reposant sur l’approche de conscientisation, telle que pensée, notamment par Paolo Freire, et qui se répandaient dans les années 60 et 70, un peu partout à travers le monde. Elle repose, entre autres, sur le développement de la conscience de classe entre les populations dominées et les intervenants, les deux étant en apprentissage les uns des autres. N’assiste-t-on pas aujourd’hui, en grande partie, à un mouvement de défense des acquis des organismes, gérés par des professionnels experts, dans une optique de livraison de service aux personnes ? Autrement dit, parle-t-on des mêmes types d’organisation ?

    • Il ne s’agit pas (plus) du même type d’organisation, vous avez raison: les organismes communautaires actuels sont largement devenus, comme vous le dites, . Pourtant, certains organismes, comme, par exemple, les organismes centrés sur la défense de droits, se définissent dans des termes assez équivalents à ceux des années ’60, tout en étant devenus gérés par des professionnels. J’y vois une forme d’institutionnalisation, ce qui s’accompagne souvent d’une professionnalisation d’ailleurs. D’une certaine façon, il pourrait être éclairant de comparer cette évolution à celle des premières organisations ouvrières vs les syndicats actuels. J’ai bien vécu ce genre de dilemme dans un groupe où deux tendances s’affrontaient (et s,affrontent encore: est-il préférable d’avoir un produit de meilleure qualité grâce à un apport plus important de professionnels ou devons-nous préférer un groupe plus axé sur l’empowerment des gens qui vivent le problème? Comme annoncé, j’y reviendrai dans un prochain éditorial, mais je souhaite que d’autres s’impliquent dans ce débat, vous et moi inclus.
      Réjean Mathieu

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