État islamique (EI) et capitalisme

EI miroir du capitalisme globalisant

Notre conscience du réel présente d’étranges et malheureuses lacunes. Nous en percevons une partie seulement, son ombre (« Allégorie de la caverne » de Platon, livre VII de La République), sans pour autant voir les liens de causalité, les conséquences, bref, sans avoir le portrait global.

Un des bons exemples actuels, à mon avis, c’est notre vision de l’État islamique (EI). Ce sont des barbares, nos gouvernants nous le disent, leurs actes le démontrent suffisamment. Mais on n’a encore presque rien dit de sa réalité… D’où provient-il ? Que représente-t-il ? N’est-ce pas trop simple, voire simpliste, de n’y voir que cette barbarie, cette étroitesse d’esprit, cette compréhension étriquée du Coran que ne partagent pourtant pas l’immense majorité des musulmans ?EU_Refugees_IS

Jacques-Alexandre Mascotto nous aide à mieux comprendre, dans Le chaos créateur, (revue Relations, numéro 781, décembre 2015), en expliquant comment le djihadisme et le terrorisme servent la globalisation capitaliste et sa gouvernance. Les deux ennemis en apparence ont en commun de se construire sur le désordre, sur le chaos, les deux se développent sur « le démantèlement des institutions, la destruction du pouvoir de l’État et, ultimement, le « démembrement » des sociétés ».

Dans les deux cas, leur avenir repose sur la substitution du « principe organisationnel » – un peu à l’image de la grande entreprise capitaliste – au « principe civilisationnel » (selon Michel Freitag, cette « ligne de séparation…entre, d’un côté, la dimension fonctionnelle de la vie sociale…, et, de l’autre, la dimension culturelle-symbolique d’idéalité, cultivée pour elle-même, inactuelle… et portée… par les appels d’air de la pensée, de la méditation, de la beauté. »

Citant Walter Benjamin (Fragments philosophiques, politiques, critiques, littéraires, Paris, PUF, 2000, pp. 111-113), Mascotto souligne que : « Premièrement, le capitalisme est une religion purement cultuelle…il n’a ni dogme spécifique, ni théologie…les pratiques utilitaires du capitalisme – investissement du capital, spéculations, opérations financières, manœuvres boursières, achat et vente de marchandise – sont l’équivalent d’un culte religieux…ce qui compte, ce sont les actions. »

Or, ce capitalisme, le plus impitoyable qui soit… axé sur l’action et l’action seulement (Mascotto utilise le terme « opérativité »), c’est le sosie destructeur de l’EI « …qui se voit entièrement dans le miroir de l’Occident… qui évacue entièrement l’esprit de la religion pour ne garder que la stricte lettre réifiée… Sa religion sans trêve et sans merci est à l’image du capitalisme… préséance absolue de la lettre sur l’esprit, intervention permanente sur le réel au moyen de l’opérativité. »

Seule l’action de la société civile sur l’État peut contrer ces deux « religions sans esprit… ».

Réjean Mathieu

Que la réflexion et l’échange d’idées se poursuivent ! Nous vous invitons à commenter ce texte et à le partager s’il vous a plu ou aidé.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s