L’ABC de la mobilisation

Mobiliser comment?

Une définition simple de la mobilisation : « susciter une participation éclairée et active du plus grand nombre possible à un projet. » On se demande souvent comment mobiliser la population en faveur de projets collectifs. On revient habituellement sur les étapes classiques de la mobilisation : conception du projet, organisation, communication du projet, animation (leaders, contacts, alliances), réalisation, etc.*

On oublie souvent deux étapes essentielles à toute mobilisation conduisant à la conception d’un projet, d’une part, l’identification des besoins demande à être jumelée à un élément « déclencheur », et, d’autre part, l’importance du « bilan critique » ou du retour sur l’action.

À l’étape de la conception, lorsqu’on veut mobiliser sur la base d’aspirations profondes et non pas s’en tenir à un processus top down d’élaboration d’un projet, il faut réfléchir avec la communauté concernée à ce qui correspond à ses besoins et ses aspirations. Autrement dit, concevoir la mobilisation ainsi, avec les personnes concernées, s’inscrit dans une perspective contraire à l’utilisation la plus ancienne connue du mot mobilisation, soit celle liée à la réalisation d’objectifs guerriers : on recrutait les personnes et dénombrait les armes, d’où le terme mobilisation (par l’État).

Dans l’esprit de faire reposer la mobilisation sur les besoins de la collectivité, on reconnaît plutôt l’importance de procéder à une enquête dirait John Dewey, c’est-à-dire faire remonter à la surface les besoins et les aspirations d’une petite communauté afin de se donner des bases légitimes et pragmatiques d’action, à l’image de ce que préconise le modèle d’intervention de Paroles d’excluEs.

Luttons pour le droit de vivre sans s'endetter (ACEF)
Source : CDEACF

Mais plus encore, il ne suffit pas de connaître les besoins et les aspirations, il faut également trouver et activer le DÉCLENCHEUR qui parlera aux gens, dans lequel ils et elles se reconnaîtront. Par exemple, on a mobilisé dans plusieurs villes à partir d’expropriations, ou de fermetures d’usines ou de Caisses populaires, voire de villages en Gaspésie. Une fois le déclencheur trouvé et activé, une grande partie de la mobilisation est déjà gagnée.

Suivent évidemment les étapes de l’animation (identification de leaders et mise en œuvre d’outils d’information et de communication), de l’organisation concrète, d’alliances stratégiques et politiques, etc. Ensuite, on verra à valoriser les compétences des gens actifs en leur permettant d’assumer des rôles, des fonctions et des tâches.

Après la mise en œuvre du projet, vient l’étape à la fois finale et « recréatrice » du bilan. Comme je viens de le souligner, cette étape marque tant la fin du processus que sa renaissance dans et par la poursuite de l’action. Ce bilan doit revenir sur chacune des étapes, en identifier les forces et les faiblesses et en tirer des conclusions qui poussent encore plus loin la mobilisation.

La mobilisation est affaire d’engagement et d’un engagement au service non pas d’intérêts individuels, mais bien collectifs. On peut certes être tenté de faire sans et de couper court. C’est la voie empruntée par les administrations publiques et aussi par nombre d’organismes de la société civile. Il est préférable de faire et de bien le faire afin de s’assurer que les projets répondent adéquatement aux besoins des personnes et des collectivités auxquels ils s’adressent.

Réjean Mathieu

*Agir ensemble démocratiquement : réflexions sur les structures et le fonctionnement des groupes : document préparé à l’intention des animatrices et animateurs en alphabétisation populaire / Réjean Mathieu

Que la réflexion et l’échange d’idées se poursuivent ! Nous vous invitons à commenter ce texte et à le partager s’il vous a plu ou aidé.

Un commentaire sur “L’ABC de la mobilisation

  1. En lisant ces principes d’action communautaire, j’étais touché de constater qu’on revenait aux bases de l’action et de la mobilisation, ce que j’ai illustré lorsque j’ai raconté mes expériences des années soixante en animation sociale dans le Sud-Ouest de Montréal, tel que raconté dans le livre que j’ai écrit avec Yvan Comeau et Ysabel Provencher: Innover pour mobiliser.
    Bonne diffusion de votre livre.

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