Écart entre les riches et les pauvres

L’ascenseur social en action : l’écart entre les riches et les pauvres, indique l’IRIS, reste constant depuis 1998…

Dans un sketch très humoristique sur YouTube, Franck Lepage présente une réflexion simple et approfondie sur le phénomène de l’ascension sociale. L’ascenseur, dit-il,  élève simultanément un millionnaire ou un sans-abris. Comment ne pas repenser à cette page caricaturale lorsque nous lisons avec beaucoup d’attention la chronique de Francis Fortier de l’Institut de recherche et d’information socio-économiques (IRIS) sur la question des écarts de revenus entre les pauvres et les riches.  À la lecture de cette chronique, nous nous réjouissons du fait que cet écart ne se soit pas accentué. Par contre, nous ne pouvons sauter de joie puisque l’écart ne s’est pas réduit. Francis Fortier fonde son analyse à partir des conclusions du rapport du directeur de la santé publique sur l’évolution récente des inégalités sociales à Montréal. Fort judicieusement, le chroniqueur utilise deux éléments convaincants pour construire sa réflexion critique.

Premièrement, l’espérance de vie pour une personne pauvre vivant dans un quartier défavorisé de Montréal demeure de dix ans moins élevée en 2011 que celle d’une personne vivant dans l’aisance dans un quartier riche. En d’autres mots : depuis 1998 la situation n’a pas évolué, un pauvre dispose en moyenne de dix années de moins pour exercer ses droits et ses responsabilités. Bien évidemment, la situation est l’inverse pour une personne riche !

Deuxièmement, si les revenus progressent pour les pauvres et les riches dans un écart qui varie peu de 1998 à 2011, l’impact de cette non variation ne se fait pas sentir de la même façon entre les pauvres et les riches.  À titre indicatif, Francis Fortier démontre très simplement que le prix des aliments a grimpé plus vite que l’indice des prix à la consommation. Encore là, le pauvre, malgré une amélioration du niveau des revenus à sa disposition se trouve perdant lorsqu’il utilise ces maigres revenus pour consommer des biens essentiels : telle la nourriture. Il en coûte pour lui plus cher pour se nourrir que pour une personne riche ! Cette situation est d’autant plus exacerbée par le phénomène de l’insécurité alimentaire lié à la présence de déserts alimentaires dans les quartiers pauvres ou défavorisés.

De façon évidente, le rapport 2011  du directeur de la santé publique sur les inégalité sociales de santé à Montréal permet de nuancer le cheminement qui a été parcouru au fil des deux dernières décennies. Ce rapport permet aussi de soulever un constat important. Au fil des vingt dernières années, malgré un État solidaire, malgré le développement de l’économie sociale et le renforcement de l’action communautaire, dont l’action communautaire autonome, les fondements à la base des rapports inégalitaires n’ont pas été modifiés en profondeur. L’énergie « providentielle » issue des actions de l’État et de la société civile a tout simplement permis de maintenir le statut quo sur « l’inégalitarisme » socioéconomique. Lequel est tout autant inacceptable maintenant qu’il ne l’était il y a 20 ou 50 ans. L’ascension socioéconomique, comme l’illustre avec brio Franck Lepage, est concomitante entre les pauvres et les riches. Tout le monde bouge lentement vers le haut, mais en fonction de qualités et de possibilités bien différentes entre les moins nantis et les bien pourvus.

Jean-Marc Fontan

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