La fracture numérique…

Emmaüs : de la fracture numérique à la connexion solidaire

Dans un scénario pessimiste où toute l’évolution serait laissée à la main invisible du marché, on peut prédire que l’autoroute électronique aurait pour effet d’accroître les écarts sur le plan des connaissances et des richesses. Dans ce scénario, elle servirait principalement à divertir (au sens de détourner de leurs affaires) la majorité des citoyens, pendant que les mieux nantis sur le plan international s’enrichiraient davantage des connaissances les plus récentes, et des bénéfices économiques que ces connaissances commandent dans la société de l’information. Gilles Paquette, 1994, « L’autoroute électronique, vers quel avenir collectif », Action nationale, p. 802

Le mouvement Emmaüs remonte à la création de l’association éponyme créée en 1953. Celle-ci a été créée par Henry Groues : l’abbé Pierre. Si le mouvement se fait connaître dès son origine par une forte volonté de lutter contre l’exclusion, il démontre tout au long de son histoire une persistance dans sa capacité d’innover pour répondre aux nouvelles formes d’exclusion.

De nos jours, face à l’ère de la connectivité où chacun et chacune doivent être branchés par téléphonie ou par ordinateur, les grands enjeux qui se posent tiennent au double défi d’être connecté.

Il y a certes un premier défi monétaire, bien connu, puisqu’il coute de plus en plus cher d’être branché. Sur ce point, des réponses intéressantes apparaissent.

À titre indicatif, Emmaüs a lancé en 2010 le programme Connexions Solidaires :

Connexions Solidaires est un programme innovant développé par l’association Emmaüs Connect. Il doit permettre aux personnes en difficulté de développer leur potentiel grâce à un accès juste et durable aux télécommunications, condition aujourd’hui nécessaire pour s’insérer dans une société connectée. (http://emmaus-defi.org/nos-actions/la-telephonie-solidaire/)

Plus récemment, ce programme a été élargi pour donner accès gratuit à un branchement Internet :

Avec « Connexions solidaires », ces personnes (les plus démunies) peuvent se rendre dans un point d’accueil dédié munies d’une « clé internet à partager » et à recharger afin de pouvoir utiliser aisément une connexion Internet. Ce programme va également comprendre l’offre de téléphonie qui, depuis 2010, grâce à SFR et la ville de Paris, propose des heures de communication à bas coût via des cartes prépayées. Avec ce programme soutenu par les généreux abonnés de SFR qui souhaiteront souscrire à un abonnement spécial pour participer, Emmaüs espère pouvoir aider plus de 100 000 personnes d’ici 2015. Après Paris, de nouveaux points d’accueil devraient être ouverts dans d’autres villes. (http://www.youmag.com/news/122484/sfr-s-associe-a-emmaus-pour-fournir-internet-aux-sans-abris)

Une fois la barrière de l’accessibilité économique levée, l’utilisateur ou l’utilisatrice sont confrontés au défi culturel. Au-delà d’être branché, il faut savoir comment trouver l’information recherchée. Sur ce point, il est requis de plus en plus d’habilités et de compétences, sans parler de patience, pour naviguer sur les plages du numérique.

La fracture numérique n’est pas seulement une facture à payer, c’est aussi une perte de proximité, un effacement du contact personnalisé au profit de mises en relations avec un réseau numérique froid et technique.

À titre indicatif, l’accès téléphonique aux services gouvernementaux et privés vous informent dès le départ sur les huit options à choisir, puis sur les quatre autres à écouter, enfin sur les trois dernières à entendre pour, vous faire dire au final, que vous pouvez réécouter le tout en appuyant sur étoile !

À défaut du miraculeux « zéro » (option de moins en moins présente), ou d’entendre le numéro approprié qui permettrait de parler à un « être humain », il vous est indiqué que pouvez consulter le site Internet mis à votre service (www…). Sur ce dernier, différentes pages devraient vous permettre le formulaire requis (acrobat oblige) ou de trouver « la bonne réponse ! ». Pour une grande majorité des personnes, cette dernière se fait encore attendre…

Le défi est d’autant plus important que les gouvernements canadien et québécois ont relativement abandonné l’idée de faire de l’accès citoyen à l’information par Internet un droit et une responsabilité.

Un droit pour rendre effective l’accessibilité économique.

Une responsabilité pour offrir les formations et l’accompagnement nécessaire à ceux et celles à qui il manque les connaissances et les habiletés requises pour bien naviguer sur les pages gouvernementales !

Jean-Marc Fontan

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