Coupures à l’aide sociale

Pourquoi cet acharnement contre les personnes assistées sociales ?

On l’a souvent répété : chacunE développe des prises de position qui correspondent à son environnement, au poste qu’il ou elle occupe. On peut conséquemment supposer que si votre entourage est constitué de gens d’affaires peu scrupuleux, vous pourriez avoir tendance à banaliser leurs actions frauduleuses, voire à les imiter.

http://finances.ca.msn.com/actualites/aide-socialeconfusion-autour-de-lallocation-supplémentaire-1
http://finances.ca.msn.com/actualites/aide-socialeconfusion-autour-de-lallocation-supplémentaire-1

Si ce principe vaut en général, je pense que les politicienNEs seront plus souvent qu’à leur tour portéEs à penser à l’image des gens qu’ils fréquentent plus souvent. Ce ne sont pas les mains « prolétariennes » serrées dans l’anonymat qui feront la différence. D’où, je pense, une première explication de l’acharnement de plusieurs contre les personnes assistées sociales : il suffit d’en avoir connu – directement ou indirectement – une seule qui ait fraudé l’aide sociale pour que cette personne en devienne le prototype par excellence. Pourtant, l’immense majorité des personnes assistées sociales sont honnêtes.

J’ai souvent rencontré chez les personnes « assistées sociales » plus d’humanité, aiguisée par leurs souffrances quotidiennes, que chez les « bien-pensants » trop heureux de se complaire dans leur fierté « de ne jamais avoir vécu aux crochets de la société » (???). Comme si cette situation relevait simplement de chaque individu… Comme si leur pauvreté, leur difficulté à trouver, à garder un emploi, n’avait pas de causes sociales. Comme si le système économique dominant n’y était pour rien…

Toujours, ils et elles doivent se battre contre le fait qu’on les voit souvent comme des irresponsables, contre le mépris qui les assimile tous et toutes à une faible minorité qui profite du système. Contre le fait que trop de politiciens ne se gênent pas pour leur faire porter des coupures qu’ils subissent déjà trop largement…

Un deuxième niveau d’explication de l’acharnement anti « personnes assistées sociales » vient, selon moi, du manque d’esprit critique des politicienNEs en général face à une vision néolibérale du développement de la société. Là encore, l’influence de leur entourage privilégié (lobbyistes, amiEs, partenaires, etc.) les marque profondément.

En fait, leur approche s’inscrira généralement dans la « trajectoire néolibérale » (cf. la publication de Michel Cabannes sous ce titre). Plus spécifiquement, elle sera apparentée à celle de George Gilder, ce penseur proche des Républicains américains qui écrivait : « Imposer davantage les riches, c’est affaiblir l’investissement ; parallèlement donner davantage aux pauvres, c’est réduire les incitations au travail ».

Cette fameuse « incitation au travail » repose fondamentalement sur une méfiance innée des possédants (et des possédantes…) envers les plus pauvres. Pourtant, la plupart du temps, non seulement on se méfie des plus pauvres, mais on les connaît peu, pas et mal. En fait, peu de choses nous empêchent de faire partie des « plus pauvres ».

Une troisième explication tient au manque d’esprit critique et de créativité. Les politicienNEs sont incapables, la plupart du temps, de « faire de la politique AUTREMENT ». Le faire supposerait d’abord et avant tout de placer tous les gens au cœur du Politique et surtout ceux et celles que le système exclut.

Les coupures dans l’aide sociale constituent à mes yeux une forme de chantage. Madame la Ministre, pénaliser les personnes visées par votre politique en coupant 129$, un montant important pour des gens qui n’ont déjà qu’un maigre 604$ par mois, afin de les inciter à s’inscrire à une mesure d’emploi qui leur rapporterait alors 196$. Autrement dit, on ne leur fait pas confiance et on persiste à faire pression sur ces personnes, quelle que soient leurs situations personnelles réelles, très variées.

Agir ainsi, c’est penser en fonction des gens avec qui on se tient… Cette avenue ne constitue aucunement une possibilité de faire de la politique autrement. Aucune réelle démocratie n’en émergera non plus…

Réjean Mathieu

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s