La figure de l’excluE est bien réelle…

La figure de l’excluE est bien réelle…

Le travail synthèse de Fréchet et Lanctôt (2003, p. 31) permet de proposer une définition située de l’exclusion ou cette dernière « est souvent vue comme une résultante non intentionnelle qui peut découler d’un ou de plusieurs facteurs de vulnérabilité individuels et sociaux (handicap, analphabétisme, monoparentalité, décrochage scolaire, toxicomanie, pauvreté, difficultés d’accès au logement, à l’éducation ou à la santé, discrimination, etc.) ».

http://www.etuc.org/a/6855
http://www.etuc.org/a/6855

Depuis 2003, le fait de présenter l’exclusion sous l’angle d’un état découlant d’une contingence, du hasard, autrement dit, d’une diminution de la capacité d’une personne d’être incluse, donne l’impression que l’exclusion ressemble au fait de passer de l’état de bonne à celui de mauvaise santé. L’exclusion serait une maladie sociale qu’on attrape !

Quels sont les facteurs qui agissent sur cette vulnérabilité ? Quelle est l’origine de cet état subi ? Grand mystère !

Il y a certainement des facteurs propres à l’individu, comme le laisse entendre la définition de Fréchet et Lanctôt. Il y a certainement plus, comme ils le laissent entrevoir sans vraiment plonger pour ouvrir la boîte noire. Les causes individuelles constituent la portion marginale et superficielle du phénomène. Les causes socioéconomiques, occultées par la plupart des politiques sociales voulant « corriger le phénomène » pour permettre à l’excluE de renouer avec la bonne santé, constituent la nature cachée et profonde de l’exclusion. Cette nature, non apparente au premier regard, prend la forme d’intentionnalités portées par des personnes, des collectifs, des associations, des organisations, des entreprises ou des institutions qui usent de « petits ou de grands pouvoirs » pour brimer des droits individuels ou collectifs. Droit à un revenu décent, à une protection sociale, à un logement de qualité, à des expressivités culturelles, à l’accès à des informations, à la participation à des décisions, à la différence identitaire, etc. ; ce sont là autant de lieux qui nourrissent la machine à exclure en générant de la vulnérabilité, en diminuant les capacités de penser, de travailler, d’habiter, d’agir, d’être.

En occultant l’aspect dominant qu’occupent les causes socioéconomiques, en limitant la vulnérabilité à des phénomènes de contingence ou de malchance individuelle, les promoteurs d’une conception miniminaliste de l’exclusion se trouvent à banaliser les responsabilités collectives portées par des acteurs, des organisations et des institutions qui agissent sur le non respect ou la non reconnaissance de droits qui devraient l’être. Lutter contre la pauvreté et l’exclusion demande d’aller au-delà des apparences et donc de réfléchir sur l’ensemble des mécanismes, processus, actions, règles, conventions, connaissances, comportements qui, au jour le jour, affectent la mise en vulnérabilité, qui engendrent une diminution des capacités d’être des personnes et qui sont au cœur de la production socioéconomique des excluEs.

Jean-Marc Fontan

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