As-tu deux minutes : Édito IUPE : Détroit – de Motor City au retour à la terre… 14/2013
Détroit : quelques jardins communautaires sous les fantômes de « Motor City »
par David Champagne
Devant le large mouvement de résistance contre l’austérité qui foisonne ici et ailleurs, on peut se demander dans quelle sorte d’éventail de situations peuvent être laissés nos territoires. Les phénomènes de « fin du travail », de précariat ou de crise alimentaire en présentent déjà un pan consternant (Méda, 1998 ; Soussi, 2012 ; Golay, 2012). L’exode urbain en situation de forte désindustrialisation est peut-être une catégorie moins connue. Cas stupéfiant, les lieux déchus de la grande métropole américaine de l’automobile exemplifieraient un cas extrême des hasardeux aboutissements du
capitalisme récent. Pour la ville qui nous intéresse, tout se passe comme si, désintéressé par tout enjeu humain ou sociétal, le chemin que le capital a tracé entre la financiarisation de l’économie et la crise immobilière avait rejeté une friche, tout simplement laissée à l’abandon. Ce chemin aurait fait passer les lieux de travail à ceux de la précarité, puis, ensuite, à des espaces vidés de leur fonction productive. Détroit, la « Motor City » abandonnée. (Detroitdoc.net, 2012)
Les chiffres sont pour le moins troublants. Soumise à un exode de masse, la ville est passée de 1,8 million d’habitants en 1950 à moins de 700 000 aujourd’hui. Des habitants restants, un sur trois sont en situation de pauvreté selon le barème national étatsunien. Ceci est sans compter le départ et/ou la fermeture de nombreux commerces et usines. Sous cette conjonction de pressions économiques et sociales, détroit présente actuellement le plus haut taux de criminalité aux États-Unis (Chapelle, 2013).
L’administration municipale a d’ailleurs récemment été mise sous tutelle pour remettre en ordre sa situation financière. Le tuteur de la ville se trouve malgré tout en fâcheuse posture. D’abord, il est prit au chevet des banques qui demandent plus d’intérêt aux ménages déjà endettés tout en les menaçant de saisies immobilières si les remboursements ne sont pas effectués. D’un autre côté, les banques demandent aussi plus d’intérêt sur la dette municipale. Or, la municipalité se trouve déjà en déficit budgétaire de plus de 100 millions! Voilà donc autant de revenus qui lui sont retirés. Bref, dans un tel contexte d’écroulement de l’économie urbaine et des services publics, plusieurs zones de la ville sont devenus des déserts alimentaires (Chapelle, 2013 ; RFI, 2012).
Construite autour des industries automobiles (GM, Chrysler et Ford) et du pétrole à bas prix pour la mobilité entre les banlieues et la ville, Détroit est-elle devenue une ville fantôme (Detroitdoc.net, 2012 ; RFI, 2012) ?
La situation est à nuancer. Entre un constat strictement pessimiste et une vision plutôt utopique (Le monde, 12 juillet 2012) quant aux initiatives récentes qui y ont vu jour, l’inventivité et la débrouillardise y émergent de manière quelque fois inusitée. Par exemple, malgré la paupérisation et la forte criminalité, les développements récents de l’agriculture urbaine et du mouvement communautaire évoquent ce qu’était Détroit dans les années 1890, une ville qui attribuait légalement des terrains agricoles aux plus démunis pour subvenir à leurs besoins. Dans cette mouvance, notons particulièrement le Detroit Garden Ressources qui encadre plus de 1 300 jardins communautaires dans la ville! Il y a également les organismes Farm-to-School et Grown in Detroit qui implantent des programmes d’agriculture urbaine dans les écoles publiques, soit plus de 300 écoles pour Grown in Detroit (Poppenk, 2013 ; Farm-to-school.org, 2013).
Dans le cas de Détroit, cette éclosion d’initiatives populaires en contexte de désindustrialisation accélérée pointe vers la montée d’un mouvement communautariste et d’un discours alternatif au développement économique dominant. Celui-ci répond au modèle industriel déchu de la « Motor City »:
- « Il n’est plus nécessaire de compter sur l’automobile, mais nous pouvons par contre nous appuyer sur l’agriculture, plus saine pour tous et redonnant du sens à la vie collective » (Témoignage de Kwamena, résidente de Détroit, dans Chapelle, 2013)
- « Ce qui a de bien avec les Detroiters, c’est qu’ils prennent les devants. Ils n’attendent pas que les supermarchés reviennent (car ils sont presque tous partis !), ils choisissent un espace vacant pour y planter un jardin communautaire sans demander l’avis de personne » (Témoignage d’Hélène, résidente de Détroit, dans Le Monde, 12 juillet 2012)
- « Ici, j’ai mes quatre enfants, plaide Arcelia, une retraitée de 65 ans qui vient aussi à la soupe populaire. Si on a un problème, on s’entraide.» (Témoignage d’Arcelia, résidente de Détroit, dans RFI, 2013
L’historien Lewis Mumford pensait que l’être (ou l’ontologie) selon lequel sont pensées les villes américaines est la voiture (Mumford; 1961). Paradoxe, ce principe génère-t-il la destruction du milieu urbain dans le contexte néolibéral récent? Telle Détroit, véritable emblème de cette vision du développement, qui, consacrant la destruction de l’ « être » automobile, induit un retour à un être d’une tout autre mobilité. Un être fait de pieds, de mains et de besoins de premières nécessités. Plutôt que de consommer les biens produits par autrui, des citadins de Détroit retrouvent la nécessité de les produire eux-mêmes. Tout cela porte à maintes interrogations sur les voies du développement économique au sein du capitalisme avancé.
À propos de Détroit, pourrions-nous dire : au bout de la désindustrialisation, le retour à la terre ?
Références
« The National Farm-to-School Network », consulté le 12 juin 2013,
http://www.farmtoschool.org/MI/media.htm
« Détroit, tu l’aimes ou tu la quittes… pas ! », Le monde, 12 juillet 2012,
http://alternatives.blog.lemonde.fr/2012/07/12/detroit-je-t-aime-web-documentaire-nora-mandray-helene-bienvenu/
« Le monde compte pas moins d’un million de révolutions tranquilles », Le monde, 28 novembre 2012,
http://alternatives.blog.lemonde.fr/2012/11/28/ce-million-de-revolutions-tranquilles/
Chapelle, Sophie, « Détroit, laboratoire du monde d’après le néolibéralisme », Basta!, 4 juin 2013, consulté le 12 juin 2013,
http://www.bastamag.net/article3073.html
Detroitdoc.net. « Détroit ville abandonnée … », consulté le 12 juin 2012,
http://www.detroit
doc.net63.net/documentaire.html
Golay, Christophe. « Crise et sécurité alimentaires : vers un nouvel ordre alimentaire mondial ? », Revue internationale de politique de développement, 3 avril 2012, consulté le 13 juin 2013, http://poldev.revues.org/133
Poppenk, Mascha. Poppenk, Manfred. « Grown in Detroit; Nature is taking over the city and a new generation is taught to harvest its profit », consulté le 12 juin 2013,
http://www.grownindetroitmovie.com/about.php
Massey, Doreen. « Neoliberalism has hijacked our vocabulary », The Guardian, 11 juin 2013,
http://www.guardian.co.uk/commentisfree/2013/jun/11/neoliberalism-hijacked-vocabulary
Méda, Dominique. (1998) « Le travail. Une valeur en voie de disparition », Paris, Flammarion, 358 p.
Mumford, Lewis. (1961) « The city in history: its origins, its transformations and its prospects », New York, Harcourt, Brace & World, 657 p.
RFI. « Détroit, ville fantôme où seuls restent les plus pauvres », RFI, 23 octobre 2012, consulté le 12 juin 2013,
http://www.rfi.fr/ameriques/20101031-detroit-ville-fantome-seuls-restent-plus-pauvres
Soussi, Sid Ahmed, Beaudet, Pierre, Dufour, Frédéric G., Lévy, Andréa, Marion, Louis. (dirs.) (2012) « Du prolétariat au précariat », Nouveaux cahiers du socialisme, no.7.
Crédits photographiques (site de photos illustrant l’état de situation !) :
Marchand, Yves. Meffre, Romain. « Remains of a city », dans Detroit’s Beautiful, Horrible Decline, Time Photo, consulté le 12 juin 2013,
http://www.time.com/time/photogallery/0,29307,1882089,00.html
As-tu deux minutes – Édito IUPE : La fracture numérique… 13/2013
Emmaüs : de la fracture numérique à la connexion solidaire
Dans un scénario pessimiste où toute l’évolution serait laissée à la main invisible du marché, on peut prédire que l’autoroute électronique aurait pour effet d’accroître les écarts sur le plan des connaissances et des richesses. Dans ce scénario, elle servirait principalement à divertir (au sens de détourner de leurs affaires) la majorité des citoyens, pendant que les mieux nantis sur le plan international s’enrichiraient davantage des connaissances les plus récentes, et des bénéfices économiques que ces connaissances commandent dans la société de l’information. Gilles Paquette, 1994, « L’autoroute électronique, vers quel avenir collectif », Action nationale, p. 802
Le mouvement Emmaüs remonte à la création de l’association éponyme créée en 1953. Celle-ci a été créée par Henry Groues : l’abbé Pierre. Si le mouvement se fait connaître dès son origine par une forte volonté de lutter contre l’exclusion, il démontre tout au long de son histoire une persistance dans sa capacité d’innover pour répondre aux nouvelles formes d’exclusion.
De nos jours, face à l’ère de la connectivité où chacun et chacune doivent être branchés par téléphonie ou par ordinateur, les grands enjeux qui se posent tiennent au double défi d’être connecté.
Il y a certes un premier défi monétaire, bien connu, puisqu’il coute de plus en plus cher d’être branché. Sur ce point, des réponses intéressantes apparaissent.
À titre indicatif, Emmaüs a lancé en 2010 le programme Connexions Solidaires :
Connexions Solidaires est un programme innovant développé par l’association Emmaüs Connect. Il doit permettre aux
personnes en difficulté de développer leur potentiel grâce à un accès juste et durable aux télécommunications, condition aujourd’hui nécessaire pour s’insérer dans une société connectée. (
http://emmaus-defi.org/nos-actions/la-telephonie-solidaire/
)
Plus récemment, ce programme a été élargi pour donner accès gratuit à un branchement Internet :
Avec « Connexions solidaires », ces personnes (les plus démunies) peuvent se rendre dans un point d’accueil dédié munies d’une "clé internet à partager" et à recharger afin de pouvoir utiliser aisément une connexion Internet. Ce programme va également comprendre l’offre de téléphonie qui, depuis 2010, propose, grâce à SFR et la ville de Paris, des heures de communication à bas coût via des cartes prépayées. Avec ce programme soutenu par les généreux abonnés de SFR qui souhaiteront souscrire à un abonnement spécial pour participer, Emmaüs espère pouvoir aider plus de 100 000 personnes d’ici 2015. Après Paris, de nouveaux points d’accueil devraient être ouverts dans d’autres villes. (
http://www.youmag.com/news/122484/sfr-s-associe-a-emmaus-pour-fournir-internet-aux-sans-abris
)
Une fois la barrière de l’accessibilité économique levée, l’utilisateur ou l’utilisatrice sont confrontés au défi culturel. Au-delà d’être branché, il faut savoir comment trouver l’information recherchée. Sur ce point, il est requis de plus en plus d’habilités et de compétences, sans parler de patience, pour naviguer sur les plages du numérique.
La fracture numérique n’est pas seulement une facture à payer, c’est aussi une perte de proximité, un effacement du contact personnalisé au profit de mises en relations avec un réseau numérique froid et technique.
À titre indicatif, l’accès téléphonique aux services gouvernementaux et privés vous informent dès le départ sur les huit options à choisir, puis sur les quatre autres à écouter, enfin sur les trois dernières à entendre pour, vous faire dire au final, que vous pouvez réécouter le tout en appuyant sur étoile !
À défaut du miraculeux « zéro » (option de moins en moins présente), ou d’entendre le numéro approprié qui permettrait de parler à un « être humain », il vous est indiqué que pouvez consulter le site Internet mis à votre service (www…). Sur ce dernier, différentes pages devraient vous permettre le formulaire requis (acrobat oblige) ou de trouver « la bonne réponse ! ». Pour une grande majorité des personnes, cette dernière se fait encore attendre…
Le défi est d’autant plus important que les gouvernements canadien et québécois ont relativement abandonné l’idée de faire de l’accès citoyen à l’information par Internet un droit et une responsabilité.
Un droit pour rendre effective l’accessibilité économique.
Une responsabilité pour offrir les formations et l’accompagnement nécessaire à ceux et celles à qui il manque les connaissances et les habiletés requises pour bien naviguer sur les pages gouvernementales !
Info lettre : Mobilisation citoyenne : conception et réalisation d’un projet-pilote dans le domaine de l’emploi – Rapport de stage
Le rapport d’Élogie Rolandeau de l’Université d’Angers (France) présente, dans un premier temps, l’environnement à la fois complexe et très intéressant du stage qu’elle a réalisé en 2012 au sein des Accorderies de Montréal. Dans la deuxième partie du rapport, sont présentées les actions menées par la stagiaire pour mobiliser des ressources de l’Accorderie afin d’appuyer la mise sur pied par l’organisme Parole d’excluEs d’un regroupement solidaire semi-formel sur la question de l’emploi.
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Info-lettre : Rendez-vous nord-montréalais sur la sécurité alimentaire / 13-2013
La sécurité alimentaire, une priorité citoyenne
Le 12 avril 2013 soulignait le tout premier Rendez-vous nord-montréalais sur la sécurité alimentaire.
Près d’une centaine de personnes étaient réunies à la Maison culturelle et communautaire de Montréal-Nord afin de se pencher sur les enjeux et les défis relatifs à la sécurité alimentaire dans l’arrondissement de Montréal-Nord.
Plusieurs délégués d’organismes communautaires étaient présents, ainsi que des personnalités de la scène politique provinciale et municipale. Il est à souligner que plusieurs citoyens de Montréal-Nord ont également participé à l’événement, ce qui prouve que les citoyens sont de plus en plus concernés par le phénomène du désert alimentaire et ont à cœur d’y remédier.
Organisé et mis sur pied par le Comité de suivi en sécurité alimentaire et Paroles d’excluEs auxquels se sont joints d’autres organismes, citoyens et lieux de concertation, ce premier événement du genre à Montréal-Nord était une belle réussite. Les citoyens, les organismes, les institutions de Montréal-Nord et les élus se sont donc mis à table afin d’identifier ensemble des pistes de solution pour améliorer la qualité de vie des nord-montréalais.
Parmi les enjeux discutés en petits groupes sous forme d’atelier, voici quelques considérations qui ont remporté l’unanimité :
- Sensibiliser les citoyens dans le but de favoriser une autonomie alimentaire.
- Avoir une politique nord-montréalaise sur l’agriculture urbaine.
- Mettre de l’avant le droit à une saine alimentation pour tous selon les réalités de chacun.
- Créer un lieu de concertation pour travailler collectivement à la lutte contre la pauvreté.
- Mettre en place un réseau dans le domaine alimentaire et communautaire nord-montréalais.
En conclusion, la jonction des forces et des idées lors de cet événement a contribué à l’avancement d’une réalité des plus actuelles et à un autre grand pas dans la bonne direction !
Bravo aux organisateurs et à tous les participants !
Marc Hubert
- Membre de Paroles d’excluEs
- Membre du Regroupement citoyen de l’îlot Pelletier
Info-lettre : Sécurité routière ilot Pelletier
Sécurité routière Ilot Pelletier : "On fait partie de la solution"
"Groupe de travail du Regroupement citoyen de l’ilot Pelletier dans le quartier centre de l’arrondissement Montréal-Nord qui s’est penché sur la question de l’insécurité routière aux abords de l’ilot d’habitation du secteur Pelletier. Le groupe de citoyens, en lien avec des intervenants de Parole d’excluEs, a identifié les points centraux des problèmes d’insécurité routière décelés tant sur l’avenue Pelletier que sur le boulevard Henri-Bourassa. Le groupe demande à être entendu par la municipalité d’arrondissement et propose des pistes de solution. Le document vidéo a été produit par une équipe de l’Incubateur universitaire Parole d’excluEs."
Info-lette : La recherche partenariale au CRISES
Un rapport de recherche produit par Denis Bussières, Jacques Caillouette, Jean‐Marc Fontan (direction), Sid Ahmed
Soussi, Diane‐Gabrielle Tremblay et Pierre‐André Tremblay présente une réflexion théorique sur la méthode de recherche action développée au Centre de recherche sur les innovations sociales (CRISES). À partir d’une analyse de trois projets de recherche menés au sein de ce consortium de recherche, les auteurs développent un modèle pour comprendre le processus et les modalités de coconstruction d’espaces de recherche partenariale. Ce travail s’inscrit au sein de la vocation "Recherche et société" de ce consortium.
